°°°

Regards sur le paysage urbain 

Regarder et partager le paysage urbain, est une constante dans cette recherche. Mais comment se défini ce regard ? Dans un numéro spécial de la revue Matière, datant de 1997 et dédié au regard porté sur l’architecture et le paysage, Bruno Marchand ouvre le premier article en affirmant que « la critique provient du regard ». Le regard serait à considérer comme un outil critique, mais également comme un matériau subjectif bien connu dans la critique d’art ou la critique d’architecture. Le choix du terme regard comme moteur de notre recherche à justement tout à voir avec la dimension critique que Bruno Marchand donne au regard. Ici, ce dernier ne définit pas uniquement ce que nous voyons depuis l’organe de la vision ; l’œil, et notre capacité à voir, il définit aussi la manière dont nous pouvons interpréter l’objet observé. Plus exactement, il relève de la relation entre la façon dont la critique vient à nous, dès lors que l’on tente de comprendre les contenus, les contours et les projections d’un environnement construit que nous regardons, et de notre apprentissage du regard. Si voir est une capacité physiologique nécessaire et préalable, regarder convient de ce qui est perçu, analysé, puis subjectivé. Regard et point de vue au sujet du paysage, sont associés depuis la Renaissance lors de l’établissement rationnels d’artifices spécialisés (perspective, cadrage, plans hiérarchisés…), qui connurent plusieurs développement pratiques et/ou scientifiques par la suite (Alberti, Panofsky, Damisch…) et qui ont concouru – au même titre que notre contact aux signes et aux symboles culturels –, à notre apprentissage du regard. Regard et interprétation, sont les outils d’un même champ celui de la critique, celle qui selon l’historien allemand Reinhart Koselleck est à replacer tout proche de son sens premier ou krinein, mot grec qui désigne le fait de dissocier, de choisir ou de sélectionner, opérations qui s’effectuent dans une dynamique de mise en doute et de jugement. Koselleck relie également étymologiquement et historiquement la critique à la notion de crise, krisis, à comprendre dans le sens de dispute, et d’un rapport dialogique entre un discours établi et un nouveau discours en construction. C’est dans cette optique reconfigurante, plaçant le regard et ses interprétations critiques au centre de cet ouvrage, que les discours émergeants au sujet du paysages urbains – et de ses singularités – nous apparaissent signifiantes à de nombreux endroits disciplinaires. C’est au cœur des identités privées, publiques et urbaines, que les articles qui vont suivre tenteront de reconsidérer les valeurs et le sens de certains projets.

Ouvrage co-dirigée avec Lise Lerichomme MCF en arts plastiques à l’Université de Picardie Jules Verne site d’Amiens. Cette publication dépend du projet de recherche intitulé Paysages & Représentations, inscrit au sein du laboratoire ACCRA (Approche contemporaine de la création et de la réflexion artistiques). L’objectif de ce projet est de réunir plusieurs chercheurs, artistes et professionnels issus de disciplines différentes (architectes, urbanistes, géographes, sociologues, philosophes…) dans le but de rassembler des regards hétérogènes à propos de l’espace urbain en tant qu’environnement ou éco-système. La notion de regard, dans ce travail, étant directement reliée à celle de critique. (Projet en cours)

 


Recherche sur le paysage urbain avec les membres des laboratoires ACCRA, AMUP de l’Université de Strasbourg et l’université de Rennes 2
Projet de recherche

Ce projet de recherche intitulé Paysages & Représentations, s’inscrit dans le cadre des études menées au sein du Laboratoire ACCRA – Approches contemporaines de la création et de la réflexion artistiques – de la Faculté des Arts de Strasbourg. Il s’agit d’un axe de recherche se concentrant sur la thématique du Paysage urbain et plus particulièrement  sur ce qui le singularise.

Téléchargez le pdf du compte rendu du premier séminaire (matinée d’études) du 27 janvier 2017 : CR_SEM#1Présentations publiques : Séminaire de recherche (27 janvier 2017) et journée d’études (Regards sur le paysage urbain),  le 25 avril 2017. Il s’agit d’une réflexion sur le Paysage urbain, qui peut être à la fois le détail – c’est-à-dire un fragment de la ville – ou sa totalité. Il se définit par sa forme physique ou plastique, mais également par sa forme sociale. Ce projet de recherche se concentre sur le territoire de la cité considéré comme le fruit d’une production d’espaces, social, culturel et politique, créant, au fur et à mesure qu’ils s’étendent, une multitude de paysages identitaires, identifiables et superposés. En s’appuyant sur quelques observations d’Henri Lefebvre considérant la ville comme le produit de productions sociales de natures diverses dont l’architecture fournirait les projections au sol, nous ajoutons que l’urbain semble être un laboratoire, à partir duquel s’élabore l’espace en train de se faire. Plus précisément, ce projet appèle à la réflexion autour de la notion de construction de l’espace urbain. Dans construction on entend parler de conception, de fabrication et de représentation, tant sur un plan artistique, technique, culturelque social. Ces constructions s’imaginent à travers plusieurs champs disciplinaires : l’architecture, le design, l’art, la sociologie, la géographie (…) et sont mises en œuvres par différents protagonistes, le citoyen, le politique, le créateur spécialisé…

Dans le cadre des recherches menées à travers le projet Paysages et Représentations (Laboratoire ACCRA) et de la thématique du paysage urbain, l’attention s’est portée sur le site de Bataville :
Comment créer la ville ? Comment créer la ville à partir de rien et créer un état de ville ? Deux questions marquant le point de départ de la recherche. Ainsi nous nous sommes intéressés à un lieu singulier qui répondait à ces questions « Bataville », une pure création devant rassembler au sein d’un même espace des infrastructures et des habitations afin de lier vie privée et vie professionnelle. L’injonction du “vivre ensemble“ peut-elle être perçue à travers l’aménagement des bâtiments ? Il est question de réfléchir à ce qui fait qu’une ville existe et continue d’exister, même si cette ville est une île. Pour rendre compte de ces observations, qu’il s’agisse de celle au sujet de la conception du site à son origine, ou de son évolution ou encore de la raison et des effets de l’intégration d’une œuvre d’art pour recréer le lien social et culturel, l’équipe du projet s’est associée à la revue en ligne Strabic, des chercheurs Édith Hallauer et Tony Côme, spécialisée dans la recherche en design et en architecture, qui accueille et participe à la création de plusieurs articles courts, diffusés depuis octobre 2016. Puis un workshop a été organisé en automne 2016, avec les étudiants de Master en arts plastiques du département des arts visuels de la Faculté des Arts de l’université de Strasbourg et les étudiants de Master scénographie de l’université de Metz –  sur place –, durant une semaine, en compagnie du Laboratoire des hypothèses, un collectif d’artistes, d’ingénieurs, de paysagistes et d’architectes, pour expérimenter les notions d’île et d’exploration de l’espace urbain.